🪨 « Les pierres parlent en Bretagne » Un poème de Pascal Ar Men — Voyage dans l'immobile vivant
🕰️ Introduction — Là où les pierres n’oublient pas
Dans mon Finistère natal, tout ne se passe pas sur la côte.
Il y a aussi ces bourgs en retrait, nichés dans les terres,
loin du vacarme des vagues,
où le silence a une densité que l’on n’imagine pas.
Ici, les pierres ont le dos large.
Elles portent des siècles de vie, de peine, de courage.
Elles ont vu les naissances, les départs, les retours,
elles ont résisté à la pluie, au vent,
et même à l’oubli.
Moi, Pascal Ar Men, je marche dans ces ruelles avec respect.
Je tends l’oreille.
Car oui : les pierres parlent en Bretagne.
✍️ Poème — Les pierres parlent en Bretagne
Elles ne crient pas,
elles ne chantent pas,
mais elles parlent.
Avec le temps,
avec le lichen,
avec le silence. 🪨
Chaque muret de granit
est une ligne écrite sans plume,
chaque pavé disjoint
est une rime d’hier
que la pluie récite doucement. 🌧️
Le clocher penche un peu,
fatigué mais debout,
gardien des prières et des saisons.
Les cloches, quand elles sonnent,
font frissonner le vent
et réveillent les absents. 🔔
J’entre dans l’église vide.
L’encens n’y brûle plus,
mais il flotte encore,
dans l’ombre des bancs tordus,
dans la poussière dorée qui danse
sous un vitrail fendu. ⛪
Dehors, les maisons parlent bas.
Les volets clos chuchotent des noms anciens,
et la mousse grimpe comme une mémoire lente
sur les toits de schiste.
Un chat passe.
Il connaît ce bourg mieux que moi.
Il sait où dorment les fantômes,
où soupire le vieux puits,
où la porte grince comme un accent oublié. 🐾
Plus loin, le vieux lavoir,
vide mais plein d’échos,
résonne des rires des lavandières
et du clapotis de leur peine. 🫧
Rien ne bouge vraiment ici.
Et pourtant, tout vibre,
dans le silence épais des jours sans horloge.
🌌 Conclusion — Une parole plus lente, plus vraie
Quand je quitte ces villages,
je ne suis plus tout à fait le même.
La Bretagne de l’intérieur ne s’impose pas.
Elle s’offre. Lentement.
Comme une main ridée qu’on serre en silence.
Comme une langue qu’on ne parle plus,
mais que l’on comprend avec le cœur.
Et chaque fois que je reviens,
je retrouve ces pierres
comme on retrouve des anciens amis :
solides, fidèles,
et pleins d’histoires à dire
à ceux qui prennent le temps d’écouter.
— Pascal Ar Men
Poète des pierres bretonnes,
des silences habités,
et des villages qui respirent encore

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