🚶♂️ « Les chemins ne mentent pas » Un poème de Pascal Ar Men — Errance bretonne entre ciel et silence
🌳 Introduction — À ceux qui marchent encore
Il existe en Bretagne des chemins que l’on ne retrouve sur aucune carte.
Des traces laissées dans l’herbe, dans la boue, dans la pierre.
Ils ont été tracés par les pas des anciens,
par les sabots des chevaux,
par les mains jointes des pèlerins,
et par les silences des hommes qui fuyaient sans bruit.
Moi, j’aime marcher sans but précis.
Juste sentir la terre sous mes semelles,
écouter les murmures dans les talus,
et lire les signes écrits dans la mousse et les ombres.
Car les chemins, eux, ne mentent pas.
Ils vont là où la vérité est encore intacte.
Et c’est là que je pose mes mots.
✍️ Poème — Les chemins ne mentent pas
Ils partent sans rien dire,
ces chemins creux,
à peine une ouverture dans le fouillis des haies,
comme une phrase qui commence sans majuscule. 🌿
Mais une fois engagé,
on ne revient plus tout à fait le même.
Le vent se lève doucement,
les ronces accrochent la manche,
et les pierres roulent comme de vieux souvenirs. 🍂
Je marche,
et la lande s’ouvre à chaque pas,
livrant ses parfums de bruyère mouillée,
de lichen chaud,
de souvenirs d’orage.
Un vieux portail rouillé grince
au milieu de nulle part.
Peut-être un jardin abandonné,
ou l’entrée d’un monde qu’on ne voit plus.
Je pousse la grille,
et je me retrouve face à une chapelle sans toit,
ouverte au ciel. ⛪
Les saints de pierre y sont usés,
leurs visages rongés par la pluie,
mais leurs regards me traversent.
Ils ne jugent pas.
Ils veillent.
Ils savent. 🕊️
Plus loin, le sentier devient falaise.
La mer apparaît d’un coup,
immense, brute, indifférente.
Elle bat les rochers comme un cœur très ancien. 🌊
Des goélands hurlent,
le vent me gifle,
mais je souris.
Car dans ce désordre sauvage,
je retrouve l’ordre du monde.
Le chemin tourne encore,
redescend vers un moulin ruiné,
puis s’enfonce sous les chênes tordus
où la lumière filtre comme un vitrail mouvant. 🌳
Je ne cherche rien,
et c’est pour cela que je trouve.
Je trouve le calme,
la fatigue juste,
la pensée libre,
le pas vrai.
Et je comprends soudain :
ces chemins ne sont pas faits pour fuir.
Ils sont faits pour se rejoindre.
Soir après soir.
Pas après pas.
🌅 Conclusion — Le voyage n’a pas de fin
Quand je rentre au pays,
je ne cherche plus de raccourci.
Je prends le vieux chemin,
celui qui longe les murs,
celui qui contourne les champs,
celui qui a vu passer mon père,
et son père avant lui.
Je sais que ces sentiers me connaissent mieux que moi-même.
Je sais que chaque virage est un miroir.
Et qu’au bout,
il n’y a rien à trouver
sauf cette chose invisible qu’on appelle la paix.
— Pascal Ar Men
Poète des chemins sans carte,
des pas solitaires,
et des terres qui parlent bas

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