🌱 « Là où pousse le silence » Un poème de Pascal Ar Men – Mémoire verte de Bretagne

 


🌾 Introduction — Le jardin comme héritage

Ici, en Finistère,
les jardins ne sont jamais vraiment à nous.
Ils viennent de plus loin :
du grand-père qui bêchait en silence,
de la grand-mère qui pinçait les fleurs comme on borde un drap.
On les cultive, oui.
Mais en vérité,
ce sont eux qui nous cultivent.

Je vous parle aujourd’hui du jardin d’enfance,
celui que je retrouve à chaque printemps,
comme on ouvre un livre qu’on n’a jamais vraiment fermé.
Un poème pour ceux qui savent que la terre, quand on l’écoute, raconte tout.


✍️ Poème — Là où pousse le silence

Il y avait un jardin
au bout d’un sentier creux,
entouré de pierres moussues
et d’orties vigilantes. 🌿

On y entrait comme dans une église,
le front baissé,
les bottes humides,
et le cœur prêt à apprendre.

Le vent y passait sans faire de bruit,
respectueux des secrets plantés sous terre. 🍃
Et les merles y creusaient des vers
comme on feuillette une vieille histoire.

Mon grand-père,
le dos voûté comme un vieux chêne,
avait des mains pleines de terres noires
et de gestes sûrs.
Il ne parlait pas beaucoup.
Mais il savait écouter la pluie. 🌧️

« Ici, tu vois, on ne commande rien.
On propose.
Et la terre décide. »

Il me montrait comment tracer droit,
comment attendre sans impatience,
comment semer comme on fait une prière. 🙏

Les salades frémissaient sous le vent d’ouest.
Les pois grimpaient avec lenteur.
Les fraises se cachaient, timides,
sous des feuilles larges comme des mains d’enfant. 🍓

On n’arrachait rien à la hâte.
On cueillait, doucement.
Avec gratitude.
Comme on retire un mot précieux d’un vieux carnet.

Là, dans ce carré de silence,
j’ai appris le rythme des jours,
la richesse des lenteurs,
et cette vérité simple :
la terre donne à ceux qui savent attendre.

Aujourd’hui encore,
je retourne dans ce jardin.
Il est un peu plus sauvage,
comme moi.
Mais il respire encore de ces gestes anciens,
et des voix muettes de ceux qui l’ont aimé avant moi.


🌤️ Conclusion — Le jardin comme mémoire vivante

On croit parfois que jardiner,
c’est planter.
Mais c’est d’abord se souvenir.
Se souvenir de ceux qui ont appris à faire confiance au sol,
au temps,
aux saisons.

Ce jardin,
c’est ma Bretagne à moi :
silencieuse, patiente, enracinée,
et généreuse à qui prend le temps.

Si j’écris aujourd’hui,
c’est pour garder vivante cette terre qui m’a appris à attendre,
à douter,
et à croire.

Pascal Ar Men
Poète des jardins humbles,
des gestes transmis,
et de la terre parlante

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